Aucun bail signé, aucun loyer versé, et pourtant, le droit protège l’occupant à titre gratuit contre une éviction brutale. Même en l’absence d’engagement écrit, mettre fin à cette situation suppose de respecter un processus strict, sous peine de sanctions. La procédure légale s’impose, quels que soient les liens ou l’ancienneté de l’occupation.
L’ignorance de ces règles expose le propriétaire à des recours inattendus et à un allongement des délais. Les étapes obligatoires, les délais imposés et les recours possibles forment un parcours souvent méconnu, mais incontournable pour reprendre possession d’un bien.
Locataire à titre gratuit : comprendre les droits et les limites de chacun
Ouvrir sa porte à un ami, accueillir un proche ou loger un étudiant sans rien demander en échange : la pratique du locataire à titre gratuit fait partie du paysage français. Mais au-delà de la générosité, la loi ne laisse rien au hasard. Si l’hébergement à titre gratuit ne crée pas de bail ni d’obligation de loyer, il impose tout de même un cadre. Par défaut, c’est le contrat de prêt à usage, l’article 1875 du Code civil, qui s’applique, même sans aucune formalité.
Chacun garde ses prérogatives. L’hébergeant reste décisionnaire sur le logement, mais il doit respecter la vie privée de la personne hébergée à titre gratuit. Impossible d’imposer une éviction soudaine ou de forcer la main sans raison solide. L’occupant n’a pas les garanties d’un locataire classique, mais il profite d’une certaine stabilité, surtout quand il présente une attestation d’hébergement à titre gratuit à la CAF ou à d’autres administrations.
Pour éviter les mauvaises surprises, plusieurs points méritent d’être vérifiés :
- La déclaration d’hébergement à titre gratuit doit correspondre à la réalité pour l’assurance habitation et la taxe d’habitation.
- Le locataire à titre gratuit ne touche aucune aide au logement, mais sa situation doit être signalée à la CAF.
- Le propriétaire peut demander une participation aux charges, mais pas transformer cela en loyer officiel.
La frontière est mince entre le geste d’aide et la situation qui s’enlise. Acter la relation par écrit, même de façon simple, permet de clarifier les droits de chacun et d’éviter bien des malentendus, aujourd’hui comme demain.
Pourquoi et quand l’occupation devient-elle irrégulière ?
Le statu quo vole en éclats dès lors que l’occupant à titre gratuit refuse de quitter le logement malgré la demande de l’hébergeant. Tant que tout le monde est d’accord, même sans formalisme, le titre gratuit s’applique. Mais une fois la tolérance retirée, on bascule dans l’occupation irrégulière : l’occupant sans droit ni titre.
Voici les situations où tout change :
- Le logement n’est plus occupé avec l’accord du propriétaire, faute de nouveau contrat ou d’avenant.
- Après une notification écrite, l’occupant refuse de quitter les lieux.
- Le motif initial de l’hébergement a disparu : séparation, décès, conflit grave…
Dans ces cas, la notion d’occupant sans droit ni titre s’impose. Inutile de chercher une résiliation de bail : il n’y en a jamais eu, donc aucune démarche de ce type. Il faut alors passer par une procédure d’expulsion sous l’œil du juge. Chaque cas s’apprécie selon l’histoire de l’occupation, la sincérité des démarches et la nature des liens.
Les démarches concrètes pour faire partir un occupant sans droit ni titre
Avant tout, tentez une approche directe. Une mise en demeure formelle, datée et signée, adressée à l’occupant, exige son départ dans un délai précis. L’idéal : un courrier recommandé avec accusé de réception, ou remis en main propre contre signature. Cette étape crée une preuve, utile à chaque instant.
Si le refus persiste, il faut saisir le tribunal judiciaire du secteur où se trouve le bien. Le juge, saisi sur dossier, peut ordonner l’expulsion et accorder un délai pour quitter les lieux. Rassemblez tous les justificatifs établissant le caractère gratuit de l’occupation et la fin de votre accord.
Une fois la décision rendue, place au commissaire de justice (ex-huissier). Il délivre le commandement de quitter les lieux. Si l’occupant fait la sourde oreille, la force publique peut être sollicitée. Mais attention, la trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) suspend l’expulsion, sauf cas très particuliers (violences, squat…).
L’expulsion accélérée est rarement retenue pour un hébergement gratuit, sauf trouble grave. Suivre la procédure, étape par étape, protège le propriétaire contre tout recours ultérieur. À chaque fois, il faut s’appuyer sur la réalité du contrat d’hébergement initial et sur la dynamique réelle entre les parties.
Risques et conséquences légales pour le propriétaire et l’occupant
Propriétaire : vigilance sur toute la ligne
La moindre erreur de procédure peut coûter cher. Tenter une expulsion sans passer par le juge expose à des poursuites pour voie de fait. En clair : le propriétaire risque d’avoir à verser des dommages et intérêts, voire de voir l’occupant réintégré dans les lieux. Négliger la mise en demeure ou le recours au tribunal judiciaire se paie cash.
Dès que l’occupation n’est plus légitime, il est possible de demander une indemnité d’occupation. Ce n’est pas un loyer, mais une compensation pour la privation du bien. Le dépôt de garantie ne s’applique que si un accord écrit le prévoit, ce qui reste rare dans ce type d’hébergement.
Occupant : droits mais aussi obligations
Face à une action judiciaire, l’occupant sans droit ni titre risque l’expulsion et le paiement d’une indemnité d’occupation. En cas de dégradations ou troubles, il doit également réparer les dégâts. Si la décision de justice est ignorée, la sanction monte d’un cran : jusqu’à 7 500 euros d’amende.
Quelques risques pratiques à anticiper :
- L’assurance habitation peut sauter si la situation n’a pas été signalée.
- En cas de sinistre, l’absence de couverture peut entraîner des conséquences financières lourdes.
L’hébergement à titre gratuit suppose donc clarté et transparence dès le départ. Sinon, les tensions peuvent vite dégénérer en conflits longs et coûteux, que personne n’avait vus venir.


