Le comité interprofessionnel du logement (CIL) désigne historiquement l’organisme paritaire chargé de collecter et redistribuer la participation des employeurs à l’effort de construction. Depuis la réforme structurelle qui a fusionné les anciens CIL en un acteur unique, Action Logement, les entreprises doivent composer avec un cadre réglementaire qui a encore bougé pour 2026. Quels dispositifs restent mobilisables, quels seuils s’appliquent, et où se situent les écarts entre ce que les entreprises versent et ce qu’elles obtiennent concrètement ?
PEEC et Action Logement : ce que l’entreprise verse et ce qu’elle reçoit
La participation des employeurs à l’effort de construction (PEEC) reste le socle financier du dispositif. Toute entreprise du secteur privé non agricole employant au moins 50 salariés y est assujettie. Le taux de contribution est fixé à 0,45 % de la masse salariale brute.
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Ce prélèvement alimente plusieurs catégories d’emplois détaillées chaque année dans le jaune budgétaire annexé au projet de loi de finances (PLF). Le rapport transmis au Parlement pour 2026, conformément à l’article L. 313-3 du code de la construction et de l’habitation, ventile ces ressources entre financement du parc social, aides directes aux salariés et contribution aux politiques nationales du logement.
| Catégorie d’emploi de la PEEC | Destination principale | Bénéficiaire côté salarié |
|---|---|---|
| Financement du parc locatif social | Prêts aux bailleurs sociaux, subventions à la construction | Accès prioritaire pour les salariés des entreprises cotisantes |
| Aides directes aux salariés | Garantie Visale, avance Loca-Pass, aide à la mobilité | Salariés en mobilité professionnelle, jeunes actifs |
| Contribution aux politiques nationales | Financement de l’ANRU, rénovation urbaine | Impact indirect sur l’offre de logement dans les territoires |
| Logement intermédiaire | Construction et réhabilitation en zones tendues | Salariés dont les ressources dépassent les plafonds HLM |
Le déséquilibre que perçoivent de nombreuses PME tient à la troisième ligne. Une part significative de la collecte est fléchée vers des politiques publiques (rénovation urbaine, hébergement d’urgence) sans retour direct pour les salariés de l’entreprise cotisante.
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Décence énergétique et DPE 2026 : un filtre que les entreprises sous-estiment
Le projet de loi « Relance et décentralisation du logement » précise qu’en 2026, un logement est réputé non décent s’il n’atteint pas le niveau de performance énergétique exigible à la date de signature du bail. Cette contrainte concerne directement les entreprises qui orientent leurs salariés vers des logements via Action Logement.
Depuis le 1er janvier 2026, le mode de calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) pénalise moins l’électricité. En pratique, des logements chauffés à l’électricité remontent d’une classe énergétique sans travaux. Pour une entreprise en zone tendue qui cherche à loger un salarié via la garantie Visale ou un logement intermédiaire, cela élargit le stock de biens mobilisables.
En revanche, les logements classés G restent exclus du parc locatif décent. Une entreprise qui recommande un logement à un salarié sans vérifier la classe DPE du bien s’expose à un double risque : le bail peut être contesté pour indécence, et la responsabilité de l’employeur dans le cadre d’un avantage en nature logement se complique.
Points de vigilance pour le service RH
- Vérifier systématiquement la classe DPE avant de valider un logement proposé via Action Logement, même si le bien était éligible l’année précédente
- Anticiper le calendrier d’exclusion progressive des passoires thermiques : les logements classés F seront concernés dans les prochaines échéances réglementaires
- Documenter la conformité énergétique dans le dossier du salarié pour sécuriser l’avantage en nature logement vis-à-vis de l’URSSAF
Logement des salariés en zone tendue : ce que la collecte PEEC ne résout pas
Le 31e rapport sur le mal-logement en France, publié début 2026, indique que plus de 2,7 millions de ménages attendent un logement social. Dans le même temps, à peine plus de 80 000 logements sociaux ont été financés en 2024, le bilan le plus faible depuis vingt ans.
Pour les entreprises, cette tension se traduit par des délais d’attribution qui rendent la promesse d’un logement via le CIL/Action Logement difficilement tenable lors d’un recrutement. La CCI Paris Ile-de-France, dans ses propositions de mai 2026, pousse plusieurs pistes pour rapprocher l’offre de logement des bassins d’emplois : introduction d’un ratio activité/logement dans les PLU, bonification de la réversibilité des usages dans les documents d’urbanisme, ou encore création d’emplacements réservés au logement intermédiaire.
Ces propositions ne relèvent pas du périmètre direct du comité interprofessionnel du logement. Elles montrent que la collecte PEEC seule ne comble pas le déficit structurel de l’offre dans les territoires où les entreprises recrutent.

Garantie Visale et Loca-Pass : arbitrer entre les dispositifs Action Logement
Les deux dispositifs les plus sollicités par les salariés restent la garantie Visale (caution locative gratuite) et l’avance Loca-Pass (prêt à taux zéro pour le dépôt de garantie). Leur articulation mérite d’être clarifiée, car les services RH les confondent régulièrement.
- La garantie Visale couvre les impayés de loyer et les dégradations locatives pendant toute la durée du bail. Elle est accessible aux salariés de moins de 30 ans sans condition, et aux salariés de plus de 30 ans en mobilité professionnelle ou en situation précaire (CDD, intérim, promesse d’embauche)
- L’avance Loca-Pass finance le dépôt de garantie sous forme de prêt sans intérêt, remboursable sur 25 mois maximum. Elle est ouverte aux salariés du secteur privé non agricole, quelle que soit leur ancienneté
- Les deux dispositifs sont cumulables. Un salarié peut bénéficier de Visale comme caution et du Loca-Pass pour le dépôt de garantie sur le même logement
Pour l’entreprise, orienter un salarié vers ces aides ne génère aucun coût supplémentaire au-delà de la PEEC déjà versée. L’activation de ces dispositifs reste pourtant sous-utilisée dans les PME, faute d’information structurée au moment de l’onboarding.
Pilotage paritaire et gouvernance d’Action Logement en 2026
La gouvernance d’Action Logement repose sur un pilotage paritaire entre organisations patronales et syndicales. Les partenaires sociaux siègent au conseil d’administration d’Action Logement Groupe et peuvent opposer conjointement un veto à certaines délibérations, comme le précise le jaune budgétaire annexé au PLF 2026.
Cette architecture paritaire distingue Action Logement des autres opérateurs de l’État intervenant sur le logement. Elle garantit en théorie que les orientations de la collecte restent alignées sur les besoins des entreprises et de leurs salariés. En pratique, la ponction croissante de l’État sur les ressources de la PEEC pour financer des politiques nationales (hébergement, rénovation urbaine) crée une tension permanente entre l’intérêt des cotisants et les priorités budgétaires.
Le comité interprofessionnel du logement, dans sa forme actuelle via Action Logement, reste le principal levier dont disposent les entreprises pour faciliter l’accès au logement de leurs salariés. L’enjeu pour 2026 tient moins au montant de la collecte qu’à la capacité des entreprises à activer les dispositifs existants, notamment dans un contexte où la réforme du DPE redistribue les cartes du parc locatif mobilisable.

